Slift + Monsieur Thibault au Grand Mix (13.06.2021)

Premier concert du monde d'après

12 Mars 2020. J'assistais alors à mon dernier concert avant les multiples confinements ayant entachés à toutes et à tous notre vie récente. Ce concert, c'était Kadavar au Grand Mix de Tourcoing. Depuis lors, le monde a bien changé. À l'époque, le Covid-19 n'était considéré que comme une simple grippe, on ne portait aucun masque et nous ne respections aucune règle de distanciation sociale. Avec le retour des beaux jours et la campagne vaccinale permettant de freiner l'épidémie, quelques bribes du monde d'avant ont refait leur apparition. Coïncidence étonnante, ma reprise des concerts s'effectuait au même endroit que là où elle s'était terminée plusieurs mois auparavant.

Ce concert était inscrit dans les règles sanitaires en vigueur durant l'été 2021, à savoir une jauge d'ouverture très réduite, port du masque obligatoire et concert assis. Quelques restrictions qui n'auront pas empêché le public de profiter à fond et d'échapper, le temps d'une soirée, à la morosité ambiante.

1623665755918.jpg Configuration de la salle du Grand Mix : environ 250 personnes pouvaient s'asseoir.

MONSIEUR THIBAULT

Un "orchestre de chansonniers, venant de la lointaine province de Lille" comme eux-mêmes s'amusent à se décrire, avait pour lourde tâche d'entamer les hostilités. Chemises à fleurs et débardeur Venice Beach, l'attitude du groupe révèle pleinement leur musique estivale, ambiance parfaite en ce début d'été. Alors que les musiciens ouvrent avec une piste mélangeant psych-rock avec des teintes de surf-rock, leur musique devient d'un coup plus abrasive arrivée à la moitié du set, jouant sur d'énormes cavalcades de psychédélisme.

Chose intéressante à noter dans leur formation, on y trouve deux bassistes, l'un d'entre eux alternant avec un xylophone tandis que sa compère s'occupe des harmonies vocales ou nous fait voyager avec elle dans ses couplets. Seul point noir du concert, les voix n'étaient pas des plus distinctes, à l'execption des refrains, on ne comprenait que rarement leurs paroles. On avait l'impression que les musiciens chantaient en "yaourt". Mais mis à part ce défaut, aucun instrument ne souffrait vraiment du mix, le dialogue entre les basses était clair et la guitare prenait les devants quand elle se lançait dans des solos spatiaux, accompagnée par le xylophone renforçant l'effet psychédélique. La batterie quant à elle occupait clairement son rôle de fondation des compositions.

Mais parler de rock psychédélique pour décrire la musique de Monsieur Thibault serait réducteur de toutes les ambiances qu'ils explorent dans leur set. Nous voyageons entre funk et disco sur leur chanson Pablo Disco's Bar ou encore les soli épiques sur Maze. Le groupe nous a même offert un excellent bouquet final avec une explosion orchestrale rappelant quelques grands noms de bandes originales de science-fiction sur Cowboy Cheddar, leur ultime chanson.

Une très bonne mise en bouche et, pour beaucoup, une excellente découverte de ce jeune groupe lillois, qui fut pris par l'émotion d'enfin pouvoir rejouer devant un public qui les acclamait à chaque fin de morceau. Un concert qui a fait du bien à tous dans la salle.

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SLIFT

Le plat de résistance que tout le monde attendait arrive avec des notes de synthés psychédéliques et la diffusion sur un projecteur de leur logo, affiché devant des glitchs visuels abstraits, chose très prisée des groupes de stoner pour accompagner leur musique. Ayant vu leur popularité exploser avec leur album Ummon en 2020, qui est pour beaucoup une des meilleures sorties rock de l'année passée, Slift était là pour en découdre et ils n'ont joué que cet album pendant plus d'une heure. C'est simple, si vous connaissez nos amis Toulousains et que vous avez apprécié leur dernière sortie alors ce concert était la concrétisation de l'excellence de leurs compositions.

Tous les meilleurs morceaux ont été joués, dès l'ouverture sur Ummon qui a vu le public se déchaîner sur ses chaises. De Citadel On A Satellite, s'étant vu rallongée de 5 minutes supplémentaires, jusqu'à finir sur cette incroyable chanson qu'est Lions, Tigers And Bears, où le groupe a fait monter la tension dans un bouquet final de toute beauté, ce concert était tout simplement excellent. Les chansons étaient jouées dans le même ordre que sur l'album, afin de raconter la même histoire du Titan Hyperion, perdu dans les confins de l'espace.

Slift fait partie de cette catégorie de groupes dont la musique est meilleure en live qu'en studio. Il y a bien eu un couac technique au lancement du morceau It's Coming... où le pedalboard du guitariste Jean Fossat a cessé de fonctionner pendant une petite minute. L'occasion pour Rémi Fossat à la basse et Canek Flores à la batterie de jammer et de démontrer que les ambiances de Slift se jouent sur la répétition des riffs pour exploser dans une libération sonore, mettant le public en feu.

Leur énergie s'est faite ressentir dans toute la salle : bien que nous étions tous assis, les gens tenaient difficilement sur place. En plus du traditionnel headbang, d'autres s'amusaient à faire de l'air batterie et de l'air guitare pour accompagner les musiciens sur scène. On sentait l'envie pressante de se défouler et de partir dans un pogo, mais on attendra la reprise des concerts normaux pour cela.

Comme pour Monsieur Thibault, le concert de Slift fut une libération, beaucoup n'ayant pas fait de concerts depuis ce fameux show de Kadavar au printemps dernier. Pouvoir de nouveau assister à de la musique en live a provoqué chez certains beaucoup d'émotions, comme une étape de plus vers le retour à une vie plus calme sans menaces sanitaires. Et quel pied d'avoir pu reprendre les concerts avec l'énergie phénoménale de Slift ! Les ambiances spatiales et les explosions lyriques de leurs albums sont décuplées en live. Le seul défaut que j'aurais à trouver à ce concert, c'est que leur setlist ne s'est intéressée qu'a Ummon. Une petite chanson de leur précédent album La Planète Inexplorée comme Heavy Road aurait tout autant eu sa place dans ce concert, mais c'est du chipotage à ce niveau.

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Tout ce qu'on peut espérer, c'est que cette soirée soit annonciatrice d'un avenir un peu plus radieux pour nous, fans de musique. Que ce concert ne soit pas une parenthèse entre deux confinements mais bien l'annonce du retour à ce que l'on chérit le plus dans ce monde. Slift a en tout cas prouvé qu'il est là pour rester et continuera de nous transporter dans son univers psychédélique, quelque soit les nouvelles qui nous attendent pour le futur proche. Nos amis Toulousains vont sans doute énormément tourner puisqu'ils n'ont pas encore eu l'occasion de défendre Ummon en live. S'ils passent par vos contrées, je ne peux que vous recommander de vous jeter sur les places tant leur énergie est libératrice après autant de mois sans avoir pu assister à un concert.

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Le Grand Mix
Tourcoing, France