Une évolution stylistique amenant au succès commercial et à une rentrée d'argent plus importante ne peut pas forcément être critiquée. Du moins, il est difficile d'en vouloir à des artistes d'essayer de s'attirer un public plus large pour grandir et devenir une référence. Maintenant, il est normal d'avoir un certain niveau d'attente concernant des groupes dont le passé a prouvé qu'ils étaient capables d'offrir à la face du monde des albums riches, puissants, en un mot : réussis.
Le Metalcore est devenu un style "mainstream" dans le Metal moderne grâce à une évolution amenée notamment par Bring Me The Horizon. Des refrains chantés contrebalançant des couplets plus classiques du genre avec des gros riffs et du chant crié voire hurlé. BMTH est même allé plus loin en faisant des disques se séparant totalement de l'esprit Metal pour aller profondément dans la Pop avec des incursions électroniques loin d'être au goût de toute leur fanbase. Pour autant, difficile de critiquer leur parcours puisque la bande à Oli Sykes est aujourd'hui une tête d'affiche incontournable des festivals d'été.
D'autres entités du genre ont pris la vague lancée par les Britanniques. Si l'on peut citer Parkway Drive ou encore While She Sleeps, on va s'attarder sur Architects car les Brightoniens sont de retour avec leur onzième album. Et il faut dire que le quintette, devenu quatuor, divise par ses dernières sorties. L'ambition des Anglais est de proposer autre chose et d'évoluer stylistiquement. Un pari risqué, surtout après la "trilogie du cancer" qui leur a permis d'exploser auprès du public Metal. Néanmoins, l'envie de se dissocier de cette sombre période marquée par le décès du guitariste fondateur Tom Searle n'est pas mauvaise, loin de là. Cette envie de débuter un nouveau chapitre s'est ressentie sur For Those That Wish To Exist avec des titres plus mélodique et Pop, pour suivre la mouvance lancée par BMTH au moment où Architects était le groupe que les groupes copiaient dans la sphère Metalcore/Djent, notamment grâce à Doomsday et son riff incroyable.
La trajectoire prise sur For Those That Wish To Exist n'était pas une immense surprise. Architects commençait déjà à implanter des passages plus mélodiques et Sam Carter s'essayait de plus en plus au chant clair. Cet album, bien qu'inégal et trop long, restait une sortie appréciable avec des pistes véritablement réussies comme Dead Butterfly ou Discourse Is Dead. La suite fut moins joyeuse avec The Classic Symptoms of A Broken Spirit, disque ennuyeux et concentré sur une seule idée répétée en boucle sur fond d'influences Indus. Pas mauvais, juste oubliable tant il réside une impression de piste unique de quarante-deux minutes. Pas la meilleure des façons pour créer une hype autour d'un successeur. Sauf qu'au niveau public, le nombre croissait significativement.
Un des nombreux reproches fait à Architects est sa ressemblance marquée avec ce que peut produire Bring Me The Horizon et en soi, il n'est pas surprenant de voir les deux groupes s'acoquiner quand on sait l'amitié qu'il y a entre Oli Sykes et Sam Carter. Des remarques qui n'allaient pas s'atténuer avec l'annonce de l'arrivée de Jordan Fish en tant que producteur de ce onzième album. Fish, ancien claviériste de BMTH, s'est reconverti en tant que producteur et sa patte sonore est instantanément reconnaissable. C'est donc dans ce contexte que l'on se prend The Sky, The Earth & All Between en pleine figure, tout en ayant notre nuque déjà humide des singles proposés par le quatuor anglais.
La moitié de la tracklist a été dévoilée en amont de la sortie de cet album, drôle de stratégie qui ne laisse que peu de place à la surprise. Curse, Seeing Red, Whiplash et Blackhole appartiennent à la même cuvée et sont interchangeables. La structure est la même, le son est le même et on voit déjà le coté "Deep Fake" d'Architects prendre le dessus avec des sonorités proches du travail de Mick Gordon sur les jeux vidéos Doom et Doom Eternal sur Whiplash. Ceci est dû à l'influence au son de Jordan Fish, dont le travail sonne parfois daté comme sur la batterie de Blackhole faisant très 2010 et synthétique, problème présent aussi sur l'ouverture Elegy.
Tant qu'on est dans le côté influence et copie, la patte de BMTH est évidemment prégnante tout au long des pistes mais ce n'est pas la seule entité que l'on peut reconnaître dans les pistes de cet album. Un des singles, Brain Dead, possède un refrain pouvant trouver sa place dans la discographie de While She Sleeps. Everything Ends possède cette patine Linkin Park sur les parties de chant de Carter tandis que l'on peut citer les Deftones sur Evil Eyes ou encore Spiritbox sur Judgement Day. Et c'est aussi là que se trouvent les reproches des fans sur le changement de son d'Architects : les Anglais n'ont plus leur touche caractéristique, ils repompent ce qui se fait à coté en suivant la mouvance. D'influenceur à influencé, le changement est brutal mais en soi, le défaut majeur de ce disque n'est pas tant là. Reprendre les recettes existantes pour les magnifier est quelque chose de courant. Ici, la mayonnaise ne prend pas car tout semble faux, tout semble forcé et l'explication se cache dans les paroles de Seeing Red.
Il est rare de voir les groupes répondre frontalement à ses fans à travers des chansons et en sortant Seeing Red en décembre 2023, Architects souhaitait répondre à ceux regrettant l'adoucissement de la musique des Anglais en forçant le trait du Metalcore à breakdown. Dès le début, on retrouve ces lignes, chantées par une chorale d'enfants, métaphore du public face au groupe :
Rent-free living in your head
"R.I.P.," they commented
I felt it when they said
"We only ever love you when you're seeing red"
Blegh
"Nous vous aimons seulement que quand vous vous énervez", voilà comment on pourrait traduire la parole centrale de ce paragraphe. Une remarque adressée donc à la frange d'auditeurs préférant l'ancien Architects à la mouture actuelle. On retrouve également le "Blegh", ce son associé au Metalcore mais qui colle à la peau de Sam Carter, le chanteur ayant pas mal utilisé cette gimmick sur des précédents albums. Alors que le chanteur souhaitait s'en dissocier, les fans ont déploré le manque sur For Those That Wish To Exist. De plus, Carter, dans un tweet maintenant supprimé, avait déclaré regretter avoir fait ce son à l'époque. Pourtant, le frontman avait ramené le "Blegh" sur Spit the Bone, présente sur The Classic Symptoms of A Broken Spirit, de quoi se demander quelle est la vraie posture de Carter sur ce son. Bien que sur Seeing Red, il soit utilisé pour coller à l'angle de la chanson, on n'est pas à l'abri de le voir revenir dans le futur.
Mais ceci ne s'arrête pas à cette introduction. Tout le texte est dirigé vers leurs détracteurs ayant formulé des reproches notamment sur les réseaux sociaux concernant l'évolution stylistique du groupe. Une démarche à double tranchant qui aurait pu être bien reçue si le titre était un simple single sorti comme ça. Les Anglais, et plus largement les Britanniques, sont habitués du chambrage et de la taquinerie et il n'aurait pas été choquant de voir Architects répondre en chanson à ses détracteurs et autres fans déçus. Mais là où tout ceci s'effondre, c'est quand ce single se retrouve sur la tracklist de l'album.
Seeing Red passe donc d'une réponse violente mais entendable à un véritable foutage de gueule d'un groupe envers son public. Car il apparait assez surprenant d'entendre un groupe se plaindre que ses fans ne veulent que des morceaux violents et de proposer un album à majorité Metalcore. Et bien qu'on soit sur une mouture plus édulcorée via les refrains pop, on garde des riffs très rentre dedans et même une instrumentation au global très brutale, la faute notamment au travail de Jordan Fish à la prod. La goutte d'eau se situe sur le breakdown et son amorce. Juste avant d'avoir ce passage, on entend brièvement un son d'applaudissement de public. Une façon là encore de signifier que les gens sont contents car il y a un breakdown. Mais comment ne pas trouver ça ridicule quand sur un album de douze pistes on retrouve dix breakdowns ? Mention spéciale à Whiplash qui en comporte deux.
En mettant Seeing Red en fin d'album, Architects en vient presque à engueuler son public pour oser apprécier un Metalcore plus bourrin et avec des breakdowns. Sauf qu'au lieu d'offrir une musique différente autour pour assumer un changement de cap, les Anglais donnent exactement ce que désire la frange de fans pourtant pointée du doigt dans ce titre. Une décision incompréhensible qui vient détruire totalement l'appréciation que l'on pourrait avoir du reste de la tracklist.
Architects n'a pas compris l'essence même des reproches qui lui sont adressées par les fans. Ce n'est pas le manque de lourdeur pure qui déplait, c'est le manque d'authenticité. Depuis quelques années, le quatuor semble avoir perdu son âme au profit de projets calibrés, fades et peu inspirés. Couplez à ça des paroles moins profondes et vous avez la recette d'un détachement entre la formation et une partie de la fanbase. Pourtant, les salles visées par Sam Carter et ses copains sont de plus en plus grandes et leur nom sur les affiches de festival est de plus en plus gros. Leur choix semble donc être le bon. Il est simplement dommage qu'une entité pourtant aussi proche de ses fans, notamment lors du décès de Tom Searle, se retourne presque contre ces derniers. C'est peut être ça le retournement de veste le plus choquant. Ne pas accepter la critique est une chose, manquer de respect aux gens en est une autre. En revanche, petit rappel que ce n'est pas parce qu'un artiste décide de faire quelque chose qui ne vous plait pas qu'on peut menacer de mort lesdits artistes. Le respect marche dans les deux sens et il est inacceptable que les membres d'Architects aient reçus de telles menaces par des personnes s'appelant "fans".
Il est triste de voir un tel groupe pourtant responsable des meilleures sorties Metalcore de la décennie 2010 offrir un tel spectacle. The Sky, The Earth & All Between n'est pas un bon disque malgré une durée globale standard et des titres ne dépassant pas les quatre minutes, Chandelier en clôture étant la seule exception. Quel sera le futur pour Architects ? Impossible de le prédire vu les virages à 90° enchainés par la formation. Il reste juste à espérer que les fans ne soient pas trop méchants. Sinon on pourrait avoir une deuxième livrée comme celle-ci.

Architects
"The Sky, the Earth & All Between"
- Date de sortie : 28/02/2025
- Label : Epitaph Records
- Genres : Pop Metal, Metalcore
- Origine : Royaume-Uni
- Site : https://www.architectsofficial.com/