Harakiri for the Sky - Mære

Plus c'est long, plus c'est bon ?

Je ne sais plus exactement ce qui m'a amené à découvrir Harakiri for the Sky. Un partage sur les réseaux ? Une recommandation ? Toujours est-il que je suis tombé sur le groupe peu après la sortie de leur troisième effort, Trauma, datant de 2016. Peu rôdé au post-black metal, je fus néanmoins captivé par ce savant mélange entre les mélodies du post-rock, la violence brute du black et un soupçon de rythmique dansante venant du punk hardcore. L’efficacité des riffs et la justesse des ambiances me plongent à chaque fois dans un monde gris, où les hurlements déchirés sont légion. Un album qui reste encore un favori de ma bibliothèque presque 5 ans après et qui arrive à révéler en moi des émotions uniques, comme si la musique me parlait, me perçait à jour.

C’est que le two-man band autrichien ne fait pas dans la dentelle. Depuis leur formation en 2011, les deux hommes (M.S compose et fait les arrangements, J.J écrit et chante les lyrics) ont une mission : vous plonger dans leur océan de noirceur. Ils développent un univers de désespoir, de dépression, d’abandon et de ressentiment. Leur recette ? De longues et dynamiques chansons, construites autour de tremolo picking et de double pédale, de breaks et de refrains catchy, de passages très atmosphériques, le tout saupoudré d’une voix criée du plus bel effet. Elle vient trancher avec les instruments car assez éloignée du chant black metal traditionnel.

Harakiri_For_The_Sky_Band_2 Les deux membres du projet, M.S à gauche et J.J à droite (source : facebook du groupe - copyright Anne C. Swallow)

Après un premier album de qualité, mais encore assez brut, se sont enchainées trois productions bien plus inspirées et constantes. Le sommet étant atteint pour moi avec Trauma que je citais plus haut et qui fut suivi d’un Arson légèrement en retrait malgré quelques moments de génie. Ces sorties ont permis au groupe de se construire petit à petit une fanbase. C'est ce qui explique que Mære était attendu de pied ferme par bien des amateurs de musique autour de moi. De mon côté, j'espérais toujours retrouver cette communication, cette osmose que j'avais éprouvée par le passé. Qu'en est-il alors ?

Au premier abord, il apparait clairement que la recette n’a pas changé. De longues chansons en plusieurs parties, une ambiance désespérée et cathartique, de la rage hurlée à la face du monde... Nous sommes en terrain connu. À la première écoute, je ressors cependant mitigé. Des qualités sont évidemment présentes mais les compositions me semblent un peu faiblardes, surtout comparées aux productions précédentes qui avaient des chansons efficaces au possible. L’album est en plus relativement long : 1h24 pour 10 titres, il faut l’encaisser. Des titres qui pourraient être des fresques sonores ressemblent plus à du remplissage par déficit d’inspiration pour l’instant. Il manque ce petit quelque chose, cette clarté, cette approbation évidente et inconsciente que la musique peut provoquer.

Néanmoins, avec le temps et en poursuivant les écoutes, l’album s’est révélé. Contrairement à Arson qui reste décevant sur le long terme, Mære finit par vous attraper. Au bout de quelques passages, on retient assez facilement des moments particuliers dans chaque titre. Les deux premiers sont une belle entrée en matière avec notamment Sing for the Damage We’ve Done où ce cher Neige d’Alcest vient poser son chant crié si reconnaissable. Les chansons suivantes sont un peu plus en retrait mais la seconde moitié de l’album recèle de nombreuses pépites : Le pont au premier tiers de Three Empty Words, la batterie presque two-step sur la deuxième moitié de Once Upon a Winter ou bien le riff dément de And Oceans Between Us sont autant d’exemples de la capacité de composition des Autrichiens.

Et c’est ça que j’ai toujours cherché. Un tapis de notes, une atmosphère qui vous prépare pour cet instant, cette mélodie, ce riff, ce fill de batterie qui vous file des frissons. Les qualités des compositions étaient peut-être plus difficiles à voir, moins évidentes, mais elles sont bien là. L’album se termine avec Song to Say Goodbye, reprise de Placebo avec son thème principal joué au piano, prenant à souhait. Les musiciens se réapproprient avec brio l’univers des britanniques pour donner une chanson très accrocheuse clôturant l’album avec panache.

Harakiri for the Sky offre encore et toujours ceci : un univers, un ressenti, une ambiance construite par le son imposant du groupe et leur production aux petits oignons. Face à ce déluge de notes, à un tel mur de son, chaque pause, chaque respiration nous impacte profondément et fait rentrer en nous les riffs de guitare ainsi que les parties rythmiques qu’on entend alors. Bien que Trauma reste le pinacle du groupe à mon sens, peut-être à cause du contexte de sa découverte, Mære réussit à avoir sa propre identité et à vous faire revenir vers lui. Mission réussie, donc.

Joie de VivreComment l'album va impacter votre humeur. 1/5 : Tout est noir et triste, et si je me roulais en boule ? 5/5 : Tout va bien, je souris avant tout.
EfficacitéLa capacité de l'album à capter et maintenir l'attention de l'auditeur. 1/5 : Vous écoutez l'album d'une oreille 5/5 : L'album vous jette des étoiles dans les yeux et retient toute votre attention
ImmersionIndice de l'immersion dans le voyage musical. 1/5 : l'album s'écoute les pieds bien au sol 5/5 : l'album vous emmène dans un tunnel de couleur et de sensations
Consigne du maître nageur :
Bouteille de plongée
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Maere