La Prise #14 - Thin Lizzy - Got To Give It Up

Vivre et mourir avec son poison

Au milieu d'albums anodins se trouvent parfois des chansons à la qualité indéniable, trésors sous-marins dont les oreilles attentionnées entendent l'appel. En d'autres occasions, ces perles sont des singles perdus au fond de l'immense océan musical, lâchées discrètement par des artistes inconnus du grand public. Tout comme nos Passages surlignent des instants impactant d'un titre, cette chronique veut faire remonter à la surface ces morceaux à côté desquels on serait passé. Et nous savons que la Prise du jour sera bonne.

Être son propre destructeur, en être conscient et ne rien pouvoir y changer doit être une situation proche de l’enfer. Phil Lynott, homme aussi talentueux que tourmenté, n’y était hélas pas étranger. Pour tout ce qu'il a apporté à la musique, le bassiste a toujours eu des problèmes d'addiction qui lui ont miné sa vie personnelle et professionnelle. Il était conscient de ses problèmes de santé, d’où ils venaient, comment les résoudre, mais ne réussissait pas à s’en débarrasser, ni à les abandonner.

En 1979, Phil eu l'occasion de parler de ses déboires avec l'alcool et les drogues à travers le groupe qu’il avait formé, Thin Lizzy. Got To Give It Up, “[Je] dois abandonner ça” dans la langue de Jean-Jacques Goldman, parle d’un homme se sachant au fond du trou suite à l’abus de substances nocives. S’adressant à sa famille, il explique comment il en est arrivé là. Si les vers de Lynott sont assez explicites sans pour autant être déchirants, on ressent bien le désespoir dans lequel se trouve le personnage. L’envie de laisser ses problèmes derrière lui est là, “Got to give it up” étant beaucoup répété, mais il n’y parvient pas.

Derrière les paroles, le groupe propose un morceau donnant son moment à chaque membre : Phil et sa voix cassée nous attrapent sur les couplets, tandis que les guitares nous font vibrer sur les refrains et les soli. L'ambiance est captivante : sur les couplets, on sent que l'homme est lucide et entrevoit un peu d'espoir, alors que les refrains sont bien moins optimistes. La composition met bien en valeur cela, avec des couplets rythmés et des refrains qui semblent lancinants. Il faut noter l'intro où on perçoit nettement la douleur de l'homme au plus bas de son existence ainsi que les deux superbes solis.

Got To Give It Up est un superbe morceau mais qui demeure bien loin des grands succès du groupe comme The Boys Are Back In Town, Whiskey In The Jar ou Jailbreak. Surtout, c'est un titre qui s'est malheureusement révélé prophétique. Au long de sa vie, Phil Lynott a beaucoup alterné entre grands hauts et bas abyssaux, jusqu'au soir de Noël 1985. Ce jour-là, les démons qu'il n'avait jamais pu vaincre l'ont enfin atteint, une septicémie conséquente à ses abus l'attrapant, pour finalement l'emporter quelques jours plus tard, le 4 janvier 1986.

Mise en abîme tragique, Got To Give It Up a une version studio attachante, mais surtout une version live datant de 1983, enregistrée lors des derniers concerts de Thin Lizzy. En plus d'un magnifique solo de conclusion signé John Sykes, le titre est accompagné d'un beau discours de Phil autour des addictions.

Rest in peace Phil, and may your legend never fade.

Phil_Lynott_Statue La statue de Phil Lynott à Dublin [Photo par Type17, Wikipedia]
Joie de VivreComment l'album va impacter votre humeur. 1/5 : Tout est noir et triste, et si je me roulais en boule ? 5/5 : Tout va bien, je souris avant tout.
MélancolieL'album inspire plus ou moins la mélancolie, les sentiments maussades et embaumés d'un vague à l’âme. 1/5 : Vous ressentez une légère pique de tristesse. 5/5 : Vous êtes plongé dans les tréfonds du spleen
DélicatesseIndice de la douceur de l'album. 1/5 : l'album est assez sec. 5/5 : l'album est un champ de coton
Consigne du maître nageur :
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