La Prise : Spaceslug - The Event Horizon

Parenthèse obscure

Au milieu d'albums anodins se trouvent parfois des chansons à la qualité indéniable, trésors sous-marins dont les oreilles attentionnées entendent l'appel. En d'autres occasions, ces perles sont des singles perdus au fond de l'immense océan musical, lâchées discrètement par des artistes inconnus du grand public. Tout comme nos Passages surlignent des instants impactant d'un titre, cette chronique veut faire remonter à la surface ces morceaux à côté desquels on serait passé. Et nous savons que la Prise du jour sera bonne.

Si vous êtes un lecteur assidu de notre site, peut-être avez-vous arrêté de lire la préface de ce format. Dans le cas contraire, merci pour votre dévotion. Si vous êtes un nouvel arrivant ou que vous lisez votre première prise, alors bienvenue et mettez vous à l’aise. Toujours est-il que ce fameux écriteau en italique n’aura jamais été autant à propos que pour The Event Horizon de Spaceslug.

Repêché dans les chutes de leur EP Leftovers paru en 2020, ce titre publié en solitaire est littéralement sorti des eaux. Car en bons poissards qu’ils sont, avant de voir leur van de tournée partir en fumée en cette fin d’année 2025, c’est un autre incident élémentaire qu’ont dû affronter les Polonais au début de la décennie. Puisqu'alors c’est une inondation qui a eu raison d’une partie de leur matériel et de leur local de répétition. C’est dans ce contexte que The Event Horizon fut proposé en ligne afin de pouvoir éponger les pertes liées à la catastrophe.

De l’eau ayant coulé sous les ponts depuis, le temps est venu de revenir sur ce titre méconnu. La première chose qui frappe dès son intro, c’est la profondeur de la reverb qui englobe tout l’espace disponible autour de vos oreilles juste avec le duo guitare-basse. On est plongé dans l’obscurité et c’est l’arrivée d’un discret archet qui vient révéler la texture dans laquelle on patauge. Entre boue épaisse et matière noire, le premier tiers nous immerge autant dans la bourbe que dans le vide. Tout est épais, visqueux, tout résonne et nous étouffe et on flotte autant que l’on coule.

Loin de nous ramener à terre, le pont nous lâchera dans le vide total de l’espace, pris au piège entre deux états, à l’horizon des événements entre le climax du premier tiers et l’amorce de la dernière partie du morceau. Ce pont marque un plan de symétrie que l’on ne peut franchir que dans un sens au vu de la construction du morceau. Ce plan se situe dans la section lancinante coincée entre les deux traversées du vide qui séparent les deux apothéoses du titre. La chanson s’achève sur un retour au calme pour parfaire la symétrie avec l'introduction paisible.

Cette construction rare donne à The Event Horizon toute sa force évocatrice. Elle donne littéralement l’impression de traverser une singularité. Une parenthèse qui met la vie en suspens le temps d’affronter une épreuve difficile et dont les choses en sortiront à jamais changées par la suite. S’il y a peu de chances d’entendre The Event Horizon lors d’une performance live de Spaceslug un jour, il est réjouissant de voir que le groupe a depuis pu sortir la tête de l’eau.

ImmersionIndice de l'immersion dans le voyage musical. 1/5 : l'album s'écoute les pieds bien au sol 5/5 : l'album vous emmène dans un tunnel de couleur et de sensations
Joie de VivreComment l'album va impacter votre humeur. 1/5 : Tout est noir et triste, et si je me roulais en boule ? 5/5 : Tout va bien, je souris avant tout.
Consigne du maître nageur :
Bouteille de plongée
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Spaceslug - The Event Horizon
Spaceslug
"The Event Horizon"